
🔄 Pas le bon ingrédient ? Les substitutions qui marchent
| Champagne brut | → Crémant brut, même dose (résultat équivalent, coût divisé par trois) |
| Gin | → Cognac (version Nouvelle-Orléans), vodka (French 76) ou calvados (French 68) |
| Sirop de sucre | → Liqueur de fleur de sureau 1,5 cl, en réduisant le citron à 1 cl |
| Citron jaune | → Citron vert, 1,2 cl (plus incisif) |
Un French 75, c’est 3 cl de gin, 1,5 cl de jus de citron jaune et 1,5 cl de sirop de sucre shakés avec de la glace, filtrés dans une flûte refroidie, puis allongés de 6 cl de champagne brut. Environ 14 % vol, 155 kcal, quatre minutes. Ce sont les doses de la fiche IBA officielle. Le French 75 est aussi une pièce d’artillerie française de 1897 — et pour une fois l’homonyme n’est pas un parasite : c’est ce canon qui a donné son nom au drink.
La recette officielle du French 75 (fiche IBA)
Le French 75 fait partie du répertoire officiel de l’International Bartenders Association, catégorie « Contemporary Classics ». Ça veut dire qu’il existe une recette de référence, chose rare : 30 ml de gin, 15 ml de jus de citron frais, 15 ml de sirop de sucre, 60 ml de champagne. Soit, en centilitres, 3 / 1,5 / 1,5 / 6. Matériel : un shaker, une passoire, un tamis fin, une flûte.
- Mets la flûte au congélateur et sors le champagne du réfrigérateur au dernier moment.
- Verse 3 cl de gin, 1,5 cl de jus de citron jaune pressé minute et 1,5 cl de sirop de sucre dans le shaker.
- Ajoute 8 à 10 glaçons et shake 10 secondes maximum : au-delà, tu dilues un cocktail qui va déjà recevoir du champagne.
- Double-filtre (passoire + tamis fin) dans la flûte sortie du congélateur.
- Complète avec 6 cl de champagne brut versé lentement le long de la paroi.
- Ne remue pas. Un zeste ou une fine tranche de citron en garniture, optionnelle selon l’IBA. Sers tout de suite.
▶Le geste : shaker, puis allonger
La règle qui définit ce cocktail tient en une ligne : le champagne ne va jamais dans le shaker. Secouer un vin effervescent avec de la glace détruit la totalité de son gaz — au mieux tu obtiens un cocktail plat, au pire tu ouvres un shaker sous pression sur ton plan de travail. Les trois autres ingrédients se shakent ensemble, le champagne arrive après, dans le verre.
Deuxième point, la durée du shake. Dix secondes suffisent. Le French 75 reçoit ensuite 6 cl de liquide froid : si tu as sur-dilué au shaker, tu sers de l’eau citronnée pétillante. C’est l’un des rares cocktails shakés où il faut se retenir.
Troisième point, le versement du champagne. Lentement, le long de la paroi, verre légèrement incliné. Un champagne versé d’un coup dans une flûte contenant un liquide sucré et acide mousse instantanément et déborde — le sucre et l’acidité servent de points de nucléation aux bulles. Et surtout, on ne remue pas après : le mouvement du versement suffit à mélanger.
Flûte ou coupe ?
La fiche IBA prescrit la flûte, et c’est le choix techniquement défendable : la colonne étroite limite la surface de contact avec l’air, donc l’effervescence tient plus longtemps. Un cocktail dont un tiers du volume est du champagne a tout intérêt à garder ses bulles.
Beaucoup de bars servent pourtant en coupe, et l’argument n’est pas absurde : la coupe ouvre le nez, laisse le genièvre et le citron s’exprimer, et présente mieux. Ce qu’elle fait aussi, c’est libérer les bulles deux fois plus vite. Le compromis honnête : coupe si tu bois le verre en cinq minutes et que tu veux les arômes, flûte si tu veux le pétillant jusqu’à la fin. Les deux pages les plus visibles sur ce cocktail — dont l’une vend un coffret à quatre-vingts euros — ne nomment aucun verre, ce qui n’aide personne.
Quel champagne choisir ?
Un brut, voire un extra-brut. La raison est arithmétique : ton cocktail contient déjà 1,5 cl de sirop de sucre. Un champagne demi-sec, qui contient entre 32 et 50 grammes de sucre par litre, empile du sucre sur du sucre et donne un verre écœurant. Avec un brut (moins de 12 g/l), l’équilibre tient. Si tu tombes sur une bouteille très dosée, descends ton sirop à 1 cl.
Deuxième critère : un champagne plutôt vif, dominé par le chardonnay ou l’assemblage classique, sans grande complexité. Ce qui nous amène au point suivant.
Ne mets pas ton bon champagne là-dedans, c’est de l’argent jeté. Dans un French 75, le vin effervescent est mélangé à du gin, du citron et du sucre : les arômes fins d’un champagne de vigneron, sa longueur, ses notes briochées, tout ça disparaît derrière le genièvre et l’acidité. Un crémant brut à 10-12 € donne un cocktail strictement aussi bon qu’un champagne à 40 €, et la différence à l’aveugle est indétectable une fois le gin dedans. Crémant de Bourgogne, de Loire, d’Alsace : ce sont les mêmes méthodes de production et les mêmes bulles fines. Garde ta bouteille de champagne pour la boire seule, c’est là qu’elle vaut son prix. Autre calcul utile pour ne rien gâcher : une demi-bouteille de 37,5 cl fait exactement 6 French 75, une bouteille de 75 cl en fait 12. Comme un effervescent ouvert perd ses bulles en un jour ou deux même avec un bouchon à pression, achète le format qui correspond au nombre de verres que tu vas servir plutôt que d’ouvrir une bouteille entière pour deux cocktails.
Gin ou cognac ?
La fiche IBA elle-même écrit « gin (parfois cognac) », et c’est la vraie controverse de ce cocktail — invisible en français, alors qu’elle figure dans la source que tout le monde recopie. La tradition de La Nouvelle-Orléans le fait au cognac, ce qui donne un drink plus rond, plus fruité, avec des notes de raisin et de fût qui répondent différemment au champagne. La version au gin est plus sèche, plus tendue, plus reconnaissable.
Aucune des deux n’est fautive. Si tu débutes, commence au gin : c’est la version de référence et celle qui a fait la réputation du cocktail. Si tu as une bouteille de cognac ouverte, la version sudiste te rapprochera d’un Sidecar allongé au champagne, avec la même famille aromatique.
Cocktail gin-champagne : les autres façons de le faire
Le French 76, à la vodka
Même construction, vodka à la place du gin : 3 cl de vodka, 1,5 cl de citron, 1,5 cl de sirop, 6 cl de champagne. Le résultat est plus neutre, plus facile d’accès, moins caractéristique — c’est la version pour ceux qui n’aiment pas le genièvre. Détail complet sur la fiche du French 76.
Le French 68, au calvados
Le calvados ou un brandy de pomme remplacent le gin, dans les mêmes proportions. Le drink devient automnal, plus doux, avec une amertume de pomme qui marche étonnamment bien sur un brut. C’est aussi la variante la plus proche de la toute première version du cocktail, qui contenait du calvados.
La version au sureau
Remplace le sirop de sucre par 1,5 cl de liqueur de fleur de sureau et réduis le citron à 1 cl. Le sureau apporte du sucre et un parfum floral : c’est plus séducteur, nettement moins sec, et ça ne ressemble plus beaucoup à un French 75. À faire une fois pour voir.
Combien titre un French 75 ?
Environ 14 % vol. Le calcul : 3 cl de gin à 40° apportent 1,2 cl d’alcool pur, 6 cl de champagne à 12° en apportent 0,72, soit 1,92 cl d’alcool pur dans à peu près 14 cl de cocktail fini (12 cl de liquide plus environ 2 cl de dilution au shake). Les degrés du gin et du champagne sont ici des hypothèses standard.
Le point important : servi en flûte, le French 75 ressemble à une coupe de champagne, mais il est plus fort qu’elle — 14 % vol contre 12, avec 3 cl de gin en plus. En alcool pur, un verre équivaut à peu près à deux verres de vin. C’est un cocktail de réception, servi en série, sur lequel on perd très vite le compte. Le calculateur de degré d’alcool recalcule tes proportions, et le calculateur d’alcoolémie donne l’ordre de grandeur avant de prendre la route : 0,5 g/l de sang en France, 0,2 g/l pour les permis probatoires.
Combien de calories dans un French 75 ?
Environ 155 kcal : 66 pour les 3 cl de gin, 46 pour les 6 cl de champagne brut, 39 pour le sirop de sucre, 4 pour le jus de citron. Un champagne demi-sec ajoute une quinzaine de kilocalories, et descendre le sirop à 1 cl en retire une douzaine. Le détail est sur le calculateur de calories.
Les erreurs qui ruinent un French 75
| L’erreur | La correction |
|---|---|
| Mettre le champagne dans le shaker | Jamais. Gin, citron et sirop au shaker ; le champagne se verse dans le verre à la fin. |
| Doubler la dose de gin | 3 cl, pas 6. À 6 cl, le rapport gin-champagne passe de 1:2 à 1:1 et tu obtiens un gin sour pétillant à 25 % vol. |
| Shaker 20 secondes | 10 secondes maximum : le champagne apporte ensuite 6 cl de liquide, la dilution est déjà prévue. |
| Verser le champagne d’un coup | Lentement, le long de la paroi, verre incliné. Le sucre et l’acidité font mousser instantanément. |
| Un champagne demi-sec avec 1,5 cl de sirop | Un brut ou un extra-brut. Avec un vin très dosé, réduis le sirop à 1 cl. |
| Flûte à température ambiante | Flûte au congélateur pendant la préparation : le cocktail garde ses bulles beaucoup plus longtemps. |
| Remuer à la cuillère après le champagne | Le versement mélange suffisamment. Toute agitation chasse le gaz. |
L’histoire du French 75 : deux versions qui ne concordent pas
Les sources se contredisent, et cette page ne va pas trancher ce qu’elles ne tranchent pas. Selon Wikipédia FR, une première version est créée en 1915 par le barman écossais Harry MacElhone au Harry’s New York Bar, à Paris — mais cette recette-là contenait absinthe, calvados, gin, grenadine et jus de citron, sans une goutte de champagne. La formule actuelle, gin et champagne, n’apparaît qu’en 1927 dans l’ouvrage Here’s How de Judge Jr.
Selon l’Association des Barmen de France, le drink est popularisé par sa publication en 1926 dans le Savoy Cocktail Book, et c’est Henri Tépé, du Henry’s Bar, qui aurait le premier utilisé le nom « soixante-quinze ». Deux dates, deux ouvrages, deux paternités partielles. Ce qui est certain, c’est la rupture : le French 75 de 1915 et celui d’aujourd’hui sont deux cocktails différents, et la quasi-totalité des pages françaises attribuent le second au créateur du premier.
Côté culture, le cocktail est commandé à l’écran dans Casablanca (1942), ce qui a beaucoup fait pour sa notoriété.
Pourquoi « 75 » ?
Le nom vient du canon de 75 mm modèle 1897, la pièce d’artillerie française de la Première Guerre mondiale. Les soldats et les barmen de l’époque ont donné à ce mélange le nom de cette arme parce qu’il tapait fort pour son volume : voilà l’étymologie, sans plus de romance. C’est aussi ce qui explique que la requête « French 75 » ramène autant de littérature militaire anglophone que de recettes de cocktails.
Les grands cocktails au champagne
| Cocktail | Avec le champagne | Profil |
|---|---|---|
| French 75 | Gin, citron, sirop de sucre | Sec et acidulé, environ 14 % vol |
| French 76 | Vodka, citron, sirop de sucre | Même structure, plus neutre |
| Kir Royal | Crème de cassis | Fruité et sucré, sans shake |
| Mimosa | Jus d’orange | Doux, format brunch |
| Bellini | Purée de pêche blanche | Épais, vénitien, sans agrume |
| Champagne Cocktail | Sucre, angostura, cognac | Le plus ancien de la famille |
Deux clés de lecture pour finir. Le French 75 est structurellement un Tom Collins dont l’eau gazeuse a été remplacée par du champagne : même gin, même citron, même sucre, seul l’allongement change. Et si tu enlèves les bulles, tu retombes sur un gin sour, ou sur un gin fizz avec de l’eau gazeuse. C’est la même famille, déclinée trois fois.
Reste la question du fond de bouteille : un effervescent ouvert se recycle très bien en soupe champenoise ou en mimosa le lendemain, quand il a perdu un peu de gaz. Les autres fiches sont dans le hub cocktails, les techniques dans le labo, et comme l’IBA publie ses doses en millilitres pendant que les recettes françaises parlent en centilitres, le convertisseur cl / ml / oz évite les erreurs de conversion.
À boire aussi



Questions fréquentes
Comment faire un French 75 ?
Shake 3 cl de gin, 1,5 cl de jus de citron jaune et 1,5 cl de sirop de sucre avec 8 à 10 glaçons pendant 10 secondes. Double-filtre dans une flûte refroidie, puis complète avec 6 cl de champagne brut versé lentement le long de la paroi. Ne remue pas et sers tout de suite : ce sont les doses de la fiche IBA.
Quel champagne choisir pour un French 75 ?
Un brut, voire un extra-brut : le cocktail contient déjà 1,5 cl de sirop de sucre, et un demi-sec empile du sucre sur du sucre. Inutile d'ouvrir une grande bouteille, les arômes fins disparaissent derrière le gin et le citron — un champagne d'entrée de gamme vif et sec est le bon choix.
Peut-on faire un French 75 au crémant ?
Oui, et c'est même conseillé. Un crémant brut est produit selon la même méthode, donne des bulles fines et coûte deux à trois fois moins cher. Une fois mélangé au gin, au citron et au sucre, la différence avec un champagne est indétectable.
Gin ou cognac dans un French 75 ?
Les deux sont admis : la fiche IBA écrit « gin (parfois cognac) ». La version au gin est plus sèche et plus tendue, c'est la référence ; la version au cognac, traditionnelle à La Nouvelle-Orléans, donne un cocktail plus rond et plus fruité. Les proportions ne changent pas.
Flûte ou coupe pour un French 75 ?
L'IBA prescrit la flûte, dont la forme étroite préserve l'effervescence — utile quand près de la moitié du volume est du champagne. La coupe est un usage répandu qui ouvre davantage les arômes mais laisse partir les bulles deux fois plus vite. Dans les deux cas, refroidis le verre avant.
Combien de degrés fait un French 75 ?
Environ 14 % vol : 3 cl de gin à 40° et 6 cl de champagne à 12° apportent 1,92 cl d'alcool pur dans à peu près 14 cl de cocktail fini. Servi en flûte, il ressemble à une coupe de champagne mais il est plus fort qu'elle, et représente en alcool pur l'équivalent d'environ deux verres de vin.
Combien de calories dans un French 75 ?
Environ 155 kcal : 66 pour le gin, 46 pour le champagne brut, 39 pour le sirop de sucre et 4 pour le jus de citron. Un champagne demi-sec ajoute une quinzaine de kilocalories, et réduire le sirop à 1 cl en retire une douzaine.
Faut-il shaker le champagne ?
Non, jamais. Secouer un vin effervescent avec de la glace détruit tout son gaz et met le shaker sous pression. On shake uniquement le gin, le citron et le sirop ; le champagne se verse dans le verre à la fin, lentement, le long de la paroi.
Qu'est-ce qu'un French 76 ?
C'est le même cocktail avec de la vodka à la place du gin : 3 cl de vodka, 1,5 cl de citron, 1,5 cl de sirop de sucre et 6 cl de champagne. Le résultat est plus neutre et plus facile d'accès, sans la colonne genièvre qui caractérise le French 75.
Qui a inventé le French 75 ?
Les sources se contredisent. Wikipédia FR attribue une première version à Harry MacElhone au Harry's New York Bar en 1915, mais cette recette contenait absinthe, calvados, gin, grenadine et citron, sans champagne ; la formule actuelle apparaît en 1927 dans Here's How de Judge Jr. L'Association des Barmen de France cite pour sa part la publication de 1926 dans le Savoy Cocktail Book et le nom « soixante-quinze » utilisé par Henri Tépé.
Pourquoi ça s'appelle « French 75 » ?
Le nom vient du canon de 75 mm modèle 1897, la pièce d'artillerie française de la Première Guerre mondiale : le cocktail a été baptisé d'après elle parce qu'il tapait fort pour son volume. C'est aussi ce qui explique que le terme renvoie autant à de la littérature militaire qu'à des recettes.
Le French 75 est-il un cocktail IBA ?
Oui, il figure au répertoire officiel de l'International Bartenders Association, dans la catégorie « Contemporary Classics », avec des doses de référence de 30 ml de gin, 15 ml de jus de citron, 15 ml de sirop de sucre et 60 ml de champagne. Ce label est une norme professionnelle de standardisation, rien de plus.
Peut-on faire un French 75 sans shaker ?
Oui : mélange le gin, le citron et le sirop dans un verre avec des glaçons, remue une vingtaine de secondes à la cuillère, filtre dans la flûte refroidie puis complète au champagne. Un bocal à confiture à joint fait aussi office de shaker de secours.
Que faire du champagne ouvert qui reste ?
Rebouche-le avec un bouchon à pression et utilise-le dans les deux jours : un effervescent qui a perdu un peu de gaz reste parfait pour un mimosa, un kir royal ou une soupe champenoise. Pour ne rien gâcher, retiens qu'une demi-bouteille de 37,5 cl fait exactement 6 French 75.
Rédigé et vérifié par l'équipe du Barman Vous Déteste — mis à jour le 4 août 2026.
